
Fabrice Beuillé alias Ainaut
Œuvres de jeunesse
TOUTENKALBAS
Toutenkalbas — les années Afrique
À seize ans, j'ai quitté l'école et la France pour l'Afrique de l'Ouest. J'ai parcouru divers pays de la région et passé cinq ans en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso, à travailler aux côtés des artisans et à apprendre dans leurs mains le respect de la matière et la patience du geste.
C'est là que sont nées mes œuvres en calebasse. Je l'ouvrais, l'assemblais, la gravais, la mariais au cuir, au bogolan et aux cauris, pour en tirer des meubles, des masques, des sculptures — des pièces uniques que l'on manipule, que l'on ouvre, que l'on allume. Déjà, la même obsession travaillait la matière : la géométrie des trames et des damiers, le rythme des cauris alignés, la lumière piégée derrière une paroi ajourée.
Sans mettre de mot dessus, je posais là les bases de mon travail d'aujourd'hui. La géométrie abstraite et la lumière programmée sont venues bien plus tard, sous le nom d'Ainaut — non pas comme une rupture, mais comme l'épure de ces premiers gestes.
Toutenkalbas réunit ces travaux de jeunesse (1998–2006).
Fabrice Beuillé alias Fabrice Ainaut
Né en 1982 à Tarbes.
Vit et travaille à Savigny-sur-Orge.

Fabrice Beuillé alias Fabrice Ainaut
Galerie Artitude, Paris 2005
Toutenkalbas — un signe d'époque
Comme l'ont été depuis les premiers âges les ustensiles tirés de la terre et de la végétation, puis décorés pour la vie quotidienne, les loisirs, les combats et les rituels — objets liés de manière intense et émouvante à l'histoire de l'Humanité —, Fabrice Beuillé fabrique des objets en calebasse à la fois utilitaires et décoratifs. Majoritairement des meubles, mais pas seulement : témoin le N'Goni, instrument de musique en calebasse et peau de chèvre monté de cordes en nylon.
Vidée et séchée, la calebasse sert depuis longtemps de récipient et de résonateur. Sa voix est particulière : dans les balafons d'Afrique, le son est brouillé. En antithèse à la clarté voulue des instruments occidentaux, les tonalités sourdes des instruments africains cherchent à signifier la complexité du monde, à l'image de la voix humaine. C'est dire que la calebasse, utile ou agréable, est un élément précieux de ce qui relie l'humain à la nature et à la culture — et il faut remercier Fabrice Beuillé d'avoir pensé à la mettre en valeur dans notre monde oublieux de ses racines.
Les objets de Fabrice sont au rendez-vous des questions de notre temps : le respect de la planète et une relation éthique avec elle, mais aussi l'invention et la ludicité chères à Madi, et cet universalisme qui lui fait associer, consciemment ou non, les vocabulaires esthétiques de toutes les civilisations. Dans notre époque éclatée, il sait réassocier des espaces et des temps différents, tout en rappelant, par leur texture et leur origine, l'appartenance de ces objets à la forêt vierge et leur statut de « fruit ».
Fabrice Beuillé, par son talent fait de poésie, de soin, de technique, d'intuition, d'intelligence et de tendresse, apporte à notre civilisation des objets magiques. Je souhaite longue vie à sa création.
France Delville, 2006